Virus Seoul : l'hantavirus du rat surmulot
Le virus Seoul (SEOV) est une souche d'orthohantavirus mondialement distribuée. Contrairement à Puumala qui circule dans les forêts du nord-est de la France via le campagnol roussâtre, le virus Seoul est étroitement lié au rat surmulot, Rattus norvegicus, présent sur tous les continents et fortement implanté en milieu urbain. Il provoque chez l'humain une forme de fièvre hémorragique avec syndrome rénal d'intensité modérée à élevée, parfois accompagnée d'une atteinte hépatique.
Une distribution mondiale
Identifié pour la première fois en 1980 à Séoul, en Corée du Sud, le virus Seoul est ensuite apparu dans les ports d'Asie de l'Est avant de suivre les routes maritimes vers l'Europe, les Amériques et l'Afrique. Là où il y a des rats surmulots, il peut y avoir du virus Seoul. Les études de séroprévalence sur les rats urbains montrent des taux variables selon les villes, de quelques pourcents à plus de 30 % dans les zones portuaires.
La situation en France
La France enregistre quelques cas confirmés de virus Seoul chaque année, le plus souvent en milieu urbain. Le CNR Hantavirus a documenté un cas Seoul dans le département du Rhône en 2024, hors de la zone d'endémie Puumala traditionnelle. Les cas restent rares mais ne sont pas exceptionnels.
Trois contextes ressortent dans les enquêtes épidémiologiques :
- Habitats urbains dégradés avec présence de rats, notamment caves humides, sous-sols inoccupés, locaux poubelles mal entretenus.
- Animaleries et élevages de rats domestiques.Les rats de compagnie peuvent être porteurs du virus, en particulier ceux d'élevage importé. Les éleveurs et propriétaires sont des populations à surveiller.
- Travailleurs portuaires et professionnels de la dératisation. Exposition directe à des populations denses de rats.
La maladie qu'il provoque
La forme classique de la fièvre Seoul est intermédiaire entre la forme Puumala européenne (modérée) et la forme Hantaan asiatique (sévère). Le tableau clinique associe :
- fièvre, frissons, douleurs musculaires intenses
- maux de tête et douleurs lombaires
- atteinte rénale avec oligurie possible
- atteinte hépatique modérée, plus fréquente que pour Puumala, avec élévation des transaminases
- hémorragies muqueuses dans les formes les plus sévères
La létalité est faible, généralement sous 2 %. Une hospitalisation est presque toujours nécessaire pour la phase aigüe. La récupération est complète dans la grande majorité des cas.
Diagnostic et confirmation
Le diagnostic différentiel avec Puumala n'est pas trivial sur la seule clinique. Seule la sérologie spécifique et la RT-PCR permettent au CNR Hantavirus de typer correctement la souche. Cette information est importante car l'origine présumée (rat plutôt que campagnol) modifie complètement l'enquête épidémiologique : il faut chercher du côté des rongeurs urbains, pas des forêts.
Comment se protéger
Les mesures essentielles ressemblent à celles utilisées contre Puumala, adaptées au contexte urbain :
- limiter l'accès des rats aux locaux d'habitation et de stockage en colmatant les ouvertures
- ne jamais nettoyer à sec un local poussiéreux fréquenté par des rats, toujours humidifier avant de balayer
- porter un masque FFP2 ou FFP3 et des gants jetables lors de tout nettoyage de cave, sous-sol ou local de stockage suspect
- désinfecter les surfaces à l'eau de Javel diluée à 10 %
- pour les propriétaires de rats domestiques : hygiène stricte des cages, manipulation avec gants, lavage des mains systématique
Le guide complet de prévention est sur notre page dédiée.
Pour comparer avec les autres souches
- Virus Puumala : la souche endémique en France, transmise par le campagnol roussâtre
- Virus Andes : la souche sud-américaine, syndrome pulmonaire, transmission interhumaine documentée
- Vue d'ensemble des souches
Sources
- CNR Hantavirus, Institut Pasteur. Bulletins de surveillance.
- OMS. Hantavirus fact sheet
- Études de séroprévalence sur les rongeurs urbains européens, littérature scientifique.